Résolution du Parlement européen sur la politique des brevets
Arguments clés
(18 septembre 2006, version française pour la FFII, contact@ffii.fr)
1) Par rapport au statu quo, l'EPLA augmenterait les coûts de la plupart des contentieux
concernant les brevets, ce qui désavantage les PME. Pour des litiges de petite ou moyenne
ampleur, les coûts globaux s'élèveraient entre 97 000 et 415 000 , selon les propres
estimations de l'OEB (et l'OEB est à l'initiative et partisan de l'EPLA, les véritables chiffres
sont donc susceptibles d'être encore plus élevés). Certaines PME détentrices de brevets ne
seront pas capables de les opposer en justice et les PME qui sont menacées par des
contentieux de brevets seront incapables de se défendre. Le système actuel de litiges, pays
par pays, est peut-être imparfait mais il est plus abordable pour les PME que le projet actuel
d'EPLA.
2) Il s'agit d'une question d'indépendance judiciaire : Lehne et Bowles proposent de créer un
nouveau système de tribunaux qui serait contrôlé par les mêmes personnes qui dirigent
l'Organisation européenne des brevets (des fonctionnaires ministériels en charge de la
politique des brevets). Et ces mêmes fonctionnaires seraient également chargés de nommer
les juges de ce nouveau système de tribunaux, qui pourraient être simultanément membres
des chambres de recours de l'OEB. Alors que la motion alternative que nous soutenons met
l'accent sur le besoin de placer l'OEB sous un contrôle judiciaire indépendant.
3) Si l'indépendance judiciaire est compromise comme cela est proposé, les brevets logiciels
seront opposables en justice en Europe à grande échelle. On sait comment décide l'OEB
grâce aux décisions de ses chambres de recours. Et l'on sait comment les fonctionnaires
ministériels en charge de l'OEB désirent définir la politique des brevets, car ce sont eux qui
ont élaboré la position du Conseil de l'UE concernant la directive sur les brevets logiciels,
que le Parlement européen a ensuite rejetée. Si l'on construit une nouvelle machine avec les
mêmes matériaux et les mêmes schémas de fabrication qu'une machine existante, on sait que
ce qui ressortira de la nouvelle machine sera à peu près identique. L'EPLA consiste à
répliquer les structures de l'OEB.
4) L'EPLA renforcerait le système de l'OEB au détriment de l'UE. L'UE va probablement
être impliquée d'une manière ou d'une autre, mais il vaudrait mieux pour l'UE attendre que
les conditions soient réunies pour un véritable brevet communautaire.
5) Il est intrinsèquement question de démocratie. Le système de l'OEB n'est pas
démocratique et fonctionne sans contrôle parlementaire. C'est pourquoi il ne doit pas
être renforcé (ou répliqué) dans sa forme actuelle. En outre, le projet d'EPLA donnerait aux
fonctionnaires ministériels toute autorité législative sur les règles de procédure. Alors que
dans tout État démocratique, les codes de procédure sont définis par des législateurs élus
(i.e. des parlements).
6) En soutenant la motion de Lehne et Bowles, le Parlement européen soutiendrait la nouvelle
initiative du commissaire McCreevy concernant les brevets, de manière presque
inconditionnelle (et involontaire), alors que la motion alternative que nous soutenons
soulève des critiques constructives et positionne le Parlement pour qu'il puisse à
l'avenir débattre de la meilleure ligne d'action à suivre. Il est à noter que la Commission n'a
pas pu donner de réponse à des inquiétudes majeures posées par des eurodéputés dans des
questions écrites. Il semble par conséquent précoce d'accepter la position de la Commission.
7) Des entreprises importantes ont exprimé diverses réserves quant au projet d'EPLA. Nokia,
qui détient plus de 10 000 brevet à elle seule, a déclaré que l'EPLA favorisait trop certains
détenteurs de brevets et mettait en péril l'innovation.